lundi 31 juillet 2017

Le meilleur des mondes

L'esquisse d'un geste.

Sitôt pensé, sitôt repoussé.

Deux peaux qui ne se toucheront finalement pas. Pas maintenant. Pas comme ça.

Le fantôme du mouvement ne s'est pas arrêté à temps. L'idée est là.

Les fragments de la conversation sont éparpillés autour de l'instant gênant.

Personne encore ne pense à les recoller.


jeudi 8 décembre 2011

Bitter-Sweet Sixteen

Il y a de ça.
Il y a de toi en tout cas.

J'ai fini par te transformer en icône bien léchée. Tu es désormais tout à fait présentable. Je crois que tu avais quelques points noirs. Lui n'en a pas. Les poupées n'ont pas de problème d'acné. Et ses cheveux, quoi qu'il arrive, sont mieux coiffés. Et il faudrait peut être que je lui ponce le nez. Mais il y a de ça. Même toi, tu ne le nierais pas.

J'ai résolu le problème de l'image. Celle qui, inexorablement, s’effaçait.

Il pose comme tu posais. Oh tu ne posais pas, pardon. Tu te posais là.
Et il y a sa bouche. Ta bouche, et ce truc dans le regard. Il ne manque que la colère, mais sous le bon angle, avec la bonne lumière, je ne désespère pas non plus de pouvoir te rendre ton ire.

J'en suis là. J'ai joué à Frankenstein. J'ai demandé les sourcils de Mick Jagger, l'expression indéchiffrable de Jimmy Page, sur le visage d'un japonais. J'ai demandé tes lèvres évidemment, d'un rouge qui barre le visage, et ce drôle de rictus que j'aurai aimé embrasser une fois de plus, et une fois encore, et encore et... j'ai eu toi.  

C'est vain. Je sais. Ça ne te ramène pas et j'ai pour de bon oublié le son de ta voix.
Mais ça va mieux depuis que j'ai ton ersatz. Pas que ce n'était pas bien de t'avoir toujours dans mon ombre,
mais c'est plus pratique comme ça.

Je peux recommencer l'histoire.

Et dans cette version là, promis, tu survivras.


samedi 20 août 2011

Equilibrium

Il y a des morceaux, quand on les écoute on voudrait s'arracher 5 mètres de tripes pour atténuer la douleur provoquée par les raclements de l'archet.

Je lis les Demeures de l'Esprit de Renaud Camus en me demandant comment ça sera quand je m'allongerai sur le plancher du bureau, la tête sur le bras gauche et un crayon dans la main droite. Est-ce que les mots seront là ? J'aime bien les planchers, ce n'est pas comme s'allonger à même l'herbe et essayer de sentir la terre tourner, mais, c'est tiède, un peu en vie, en restant dessus assez longtemps, ça.... rien. J'aime bien les planchers.

Les soixante-huitards vieillissants n'ont vraiment aucune éducation. Ma grand-mère octogénaire a son petit caractère, mais elle n'a pas l'indécence de croire que parce qu'elle a des rhumatismes, tout lui est dû. Quand on a monté des barricades dans Paris pour exiger de se débarrasser du joug de la démocratie nazie indignante, et du port du soutien-gorge, on va pas exiger, en brandissant d'un torse gonflé d'indignation des seins qui pendent jusqu'au nombril, de passer AVANT à la caisse. On ne l'exige pas, on le demande poliment éh, vieille peau. Et pour les soutiens-gorge, c'était symbolique tu sais, t'aurais dû penser à t'en racheter après.

Je subis chaque jour la misogynie ordinaire. Je sais que je suis une femme. J'aime être une femme. Je ne savais simplement pas que pour pouvoir prétendre à mon sexe, il fallait que je mette des bas. J'envisage le port de la cravate. Ou de la cravache. Je suis sûre que certains apprécieraient.

Je pense beaucoup. Aux élans du coeur. A ceux de l'esprit. Aux actions pragmatiques que l'on exécute parce qu'elles relèvent du bon sens. Au bon sens qui parfois, rarement, parfois seulement rejoint les élans du coeur. Je médite sur ces relations dont on ne fait jamais le tour, qui meuvent, se transforment, s'étiolent parfois, mais gardent leur racines, et sont indissolubles finalement. Quel que soit la quantité de fiel que l'on verse dessus par moment.

Je pense au nombre de fois où j'ai cru que c'était bon pour moi parce que ça semblait tellement bien aux autres, parce qu'à cet âge là on fait ça, sinon, sinon... on perd un statut social et on a plus le droit de se regarder dans un miroir. Je pense à ces situations où j'ai crié stop, à genoux, en larmes, et qu'on ne m'écoutait pas. Parce que c'est commencé, et on finit voilà, autant aller jusqu'au bout même si c'est une mauvaise idée. Et je pense et je vis aussi, cette fois, où l'on nous regarde de manière circonspecte, mais où la plénitude mêlée de curiosité que je ressens n'a rien à voir avec la joie résignée et superficielle qui me saisissait dans d'autres situations.

Un jour peut-être, ce texte existera. Et si ça ne se passe pas ainsi, alors autre chose sera fort bien.

Je cherche un canapé Chesterfield. Vert ou noir. C'est bien un Chersterfield, c'est beau, solide et confortable.

dimanche 31 juillet 2011

Assis dans la salle d'attente / Sitting in the waiting room

- T'as envie de quoi ? je lui demande. J'ai déjà une assiette pleine de bourbon cream sur le bureau, et un verre d'amaretto à la main.

Elle a sonné chez moi,  à l'improviste à une heure du matin. Alors qu'on avait fermé le bar une heure plus tôt et qu'on s'était dit au revoir à demain.
C'est mon proprio jamaïcain qui lui a ouvert. Elle me confie en montant l' escalier qu'elle le trouve trop beau, elle aime les mecs sombres et un peu enveloppés. Mais elle me dit qu'il devrait pas s'épiler le torse, elle les aime poilus aussi. Je lui réponds que je crois qu'en fait il a pas beaucoup de poils,et que je comprends pas pourquoi toutes les filles de l'est que je connais aiment les arabes poilus, et que si elle l'essaie un jour, mon proprio, faudra qu'elle me dise si Leia, la jolie nana qu'il baise des nuits entières juste au dessus de ma tête, elle simule ou si il est vraiment si fort que ça.

Jolana rigole et retire ses platform-shoes avant de s'affaler sur le bout du lit, je rattrape mon portable de justesse et je ferme la fenêtre gmail sur un e-mail que je n'enverrais pas de toute manière.
Jola se relève un instant pour me laisser passer à la tête du lit.
Ça m'éclate quand je remarque qu'on fait la même taille, mais je dis rien, elle veut tellement être grande. Alors je lui dis juste que son string dépasse. Elle dit qu'elle s'en fout.
Elle répond pas tout de suite à ma question du début. Elle frotte sa pommette, là où on voit encore même sous sa couche de maquillage et ses heures de tanning, que le mec qu'elle avait en Pologne n'était pas tendre avec elle.
- Alors ?
- Je voudrais bien une clope, un verre de vin et un café bien fort.
- J'ai pas de clopes mais on peut demander à Mo, il dort pas, il fume des joints en faisant sa muscu à cette heure-ci.
- Non, pas la peine. Je peux manger les bourbon cream ?
- Si tu veux, c'est là pour ça.Tu bois rien alors ?
- En fait pour boire, j'ai besoin d'acheter un test de grossesse et ça me fait chier de mettre 8 livres dans un verre de vin. Tu comprends ?
- Fait chier Genci, il a déjà trois gosses et il a même pas encore divorcé leur mère. Il pourrait mettre des condoms.
- Les albanais sont tellement chiants avec ça. Elle soupire pendant que je sors un test de ma trousse de toilette je lui dis qu'elle a intérêt à avoir envie de pisser  et que les toilettes c'est au fond à droite, après la chambre de Liu.
Elle revient 5 minutes plus tard et me prend mon verre d'amaretto.
- C'est trop sucré. Comment tu bois ça ?
- Ça me garde éveillée quand j'écris.
- Tu les achètes où tes tests ?
- Au Poundland du Lower Precinct.
Elle rit encore, pas très fort, j'ai au moins trois colocs qui dorment la nuit quand ils ne bossent pas.
- Ils vendent que des trucs périmés.
- C'est qu'un test de grossesse, périmé ça fait quoi tu crois ?
- Ça te dit que t'étais enceinte il y a 10 mois ?
On rit trop fort cette fois et je sors un deuxième verre du tiroir de mon bureau. 

Some friends remain friends even though they don't talk, don't meet, or don't communicate in any way. At least some friendships are that way. I haven't seen Jolana since I left the UK. We exchanged a few calls, she was getting married to a Indian guy I'd never met, and then I lost all my phone numbers, including hers, changed mine and she didn't own an e-mail. She was changing job and house every three months, and I wasn't doing much better. We just lost touch.
I don't miss her, we didn't really need each other like you sometimes need a particular friend, we just happened to share a similar life and our friendship was a natural development.  I just hope she's fine, and happy. And I know, deep inside that if we ever meet again, we will be able to sit and talk as if we had only parted the day before. 
Some bonds are easy and comfortable to handle.

dimanche 1 mai 2011

Le couple

Elle aimait s'asseoir dans un coin de la salle de bain, entre le panier à linge et l'étagère à serviettes.
Les jambes repliées entre les bras, le menton bien calé entre les genoux. Comme si elle n'était pas là, juste un meuble. Et lui se lavait en faisant parfaitement semblant de la confondre avec le mobilier.

lundi 12 juillet 2010

Démantèle-moi



L'inconscient se venge la nuit.
(Louis Scutenaire)

J'aime à penser que je sais ce que je veux. J'aime à croire qu'il n'y a pas de non-dits derrière mes promesses et mes dénégations. Juste les mots, purs dans leurs sens et leurs intentions.

Mais la nuit je démantèle des poupées, furieuse, quand leurs regards de verre et leurs bouches peintes m'intiment de lâcher la bride d'un espoir que je sais vain.

L'esprit humain est fait pour bâtir.
Je refuse.
Voilà.
Je refuse de construire autre chose que des châteaux de cartes.
Ta gueule mes rêves, ferme-là.

Je veux jouer à faire semblant.
Je veux jouer à faire semblant.